Arcane

1988 - Création suisse, Allain Gaussin

La forme générale est en trois parties :
1re partie : le vent de l'esprit (introduction, éclats, appels de cloches graves, déformation progressive du temps).
2e partie : l'esprit en éveil (indépendance des mains, contrepoints multiples).
3e partie : la force de l'esprit (canons harmoniques, gravitation).

Avec cette œuvre pour piano, j'ai voulu me libérer d'une charge potentielle latente qui, pendant une certaine période de ma vie, venait fréquemment hanter mes heures de sommeil. Ainsi comme des flashs très précis, des images sonores d'une très grande virtuosité apparaissaient de façon obsessionnelle. Aussi ai-je tenté de les transcrire ici sous des formes diverses.
En dehors de cet exutoire, Arcane a été composé en suivant un principe générateur d'indépendance totale des deux mains. Exprimée dans la 2e partie, cette idée m'a permis d'élaborer une écriture avec des contrepoints multiples et mobiles, en donnant l'illusion d'un dédoublement réel du piano. Un peu comme en optique, on peut voir, par l'intermédiaire de loupes et de miroirs déformants, un “ objet ” se démultiplier et se transformer virtuellement, sous de multiples aspects.

Autour de ce trait dominant, plusieurs autres idées sont venues compléter la composition de cette œuvre :
• flexibilité de la phrase musicale (tension directionnelle, élasticité quantitative, désintégration et recomposition progressives). Ces aspects étant totalement subordonnés à l'écriture contrapuntique et à l'indépendance des deux mains (avec parfois la sensation d'avoir deux tempi autonomes superposés).
• mobilité de la masse harmonique, affectant les trilles ou les batteries d'accords (avec une fonction quasi-tridimensionnelle) ou encore les constellations harmoniques.
• imbrication d'un phrasé rythmique propre à l'interprète.
• mutations fréquentes : soit au niveau d'un élément constitutif (accentuation, cellule rythmique), soit au niveau d'un matériau musical (densité, énergie), soit encore au niveau d'une fonction compositionnelle (déformation progressive de la perception du temps).
• ostinatos d'accords ff (sans pédale) en écriture canonique stricte avec des mouvements brisés très disjoints sur tout le clavier. (Allain Gaussin)

Concert SMC Lausanne: