Incises

pour piano solo
1994, Pierre Boulez

La modernité ne se lit pas seulement dans l'évolution du langage musical, mais également dans le changement de rapport du compositeur à l'acte créatif. Quand Jean-Sébastien Bach écrit une cantate, il suit un cahier des charges précis fixé par son employeur: à chaque dimanche son œuvre nouvelle pour habiller le culte. Quand Pierre Boulez met Incises sur le métier en 1994, il répond d'abord à son aspiration d'artiste, qui n'hésite pas, même au moment de sa présentation publique – à Milan lors du concours Umberto Micheli où elle est pièce imposée –, à la considérer comme «ouverte» à des développements futurs – une ouverture qui n'est pas un phénomène nouveau puisqu'on la rencontre déjà chez Wagner et Mahler. Cela fait près de quarante ans qu'il n'est plus retourné au piano comme instrument soliste – depuis la Troisième sonate (inachevée) de 1957. Beaucoup d'eau a coulé sur les ponts. Comme le note Robert Piencikowski sur le site de l'Ircam, «ce n'est plus l'écriture polyphonique des deux premières Sonates, ni les blocs sonores à densité variable de la Troisième, mais plutôt l'extraction, à découvert, de figures sonores typiques de son style tardif.» (Antonin Scherrer)

Concert SMC Lausanne: