Sur Incises

pour trois pianos, trois harpes, trois percussions
1996-1998, Pierre Boulez

Les développements annoncés de cette œuvre «ouverte» surviennent deux ans plus tard avec la composition de Sur incises, une pièce beaucoup plus vaste bâtie à la manière d'un commentaire sur l'œuvre «originale». «J’étais très désireux d’écrire une œuvre dont on puisse éprouver la trajectoire sur une longue période de temps», explique le compositeur dans le livret de ses Œuvres complètes publié par Claude Samuel pour le compte de la Deutsche Grammophon. Le piano y est multiplié par trois – trois instruments escortés chacun d'une harpe et de percussions et qui se renvoient le son à la manière d'une joute triangulaire – et le temps musical également par trois (passant de 4 à 12 minutes)… avant d'être une nouvelle fois multiplié par quatre deux ans plus tard, car cette deuxième «étape» se fait en deux temps: création d'une première version le 27 avril 1996 à Bâle par Boulez lui-même et l'Ensemble intercontemporain à l'occasion du 90e anniversaire du mécène Paul Sacher, puis d'une version nettement plus développée d'une quarantaine de minutes, articulée en deux «moments», le 30 août 1998 à Edinburg par le même Ensemble intercontemporain, dirigé cette fois-ci par David Robertson.
Dans une interview accordée à Wolfgang Fink et publiée par son éditeur Universal, Pierre Boulez explique que le choix instrumental de trois pianos émane à la fois de son envie de se démarquer des deux grands «classiques» du genre que sont la Sonate pour deux pianos et percussion de Béla Bartók et les Noces d'Igor Stravinski (avec leurs quatre pianos) et du potentiel expressif maximal (en terme notamment d'échange entre les solistes) qu'offre une «répartition très précise de cet effectif sur l'espace scénique». Et d'ajouter que «[…] cette combinaison présentait encore un autre atout: en attribuant à chaque instrumentiste d'amples cadences – un seul pianiste aurait eu du mal à venir à bout de toute la partie virtuose et les autres se seraient ennuyés –, j'ai pu mettre les trois pianistes en situation de compétition».
D'une durée d'environ quatorze minutes, les «moments I» constituent une forme de grande introduction, qui rappelle puis déploie les idées contenues dans l'œuvre originale, auxquelles s'enchaînent les «moments II», en forme de variations, de «commentaires» qui se succèdent de façon continue dans une intensité crescendo. (Antonin Scherer)

Concert SMC Lausanne: