Tetras - Quatuor à cordes

1983, Iannis Xenakis

Tetras, de par son nom, induit quatre protagonistes. Quatre présences, vues, senties, écoutées qui forment le quatuor. Tetras célèbre la noblesse d’une formation incontournable. Chez Iannis Xenakis, le quatuor est une nébuleuse toute à la fois symétrique, théâtrale, mathématique et chorégraphique. Les lignes dessinées par les quatre archets se mêlent et se démêlent, esquissant peu à peu une grande architecture en neuf parties à travers lesquelles le compositeur use de ses modes de jeux de prédilection qui n’ont eu de cesse d’être développés et remis en question depuis ses premières créations.

Abondamment utilisé dans la première partie, le glissando couine, susurre et tourbillonne en créant un magma jointif, vivant. Il faut dire aussi qu’il induit immédiatement un lien entre le visuel et le sonore : il offre au spectateur une évolution graphique plus ou moins dilatée des hauteurs. Donnant parfois dans l’infiniment petit, il se métamorphose çà et là en de minuscules variations semblables à une onde sinusoïdale qui prend parfois le visage d’un trille suraigu qui poudroie. La deuxième partie court-circuite brutalement les glissandi par des procédés bruitistes reposant sur une approche frappée, frottée, écrasée des cordes. Les glissandi reviennent toutefois dans la troisième partie tel un chant suraigu de sirènes avant de se perdre, en quatrième partie, dans un pointillisme nerveux. La cinquième partie voit apparaître des gammes que Xenakis préfère désigner sous le terme d’« échelles » : « Par leur diversité et leur caractère fugitif, elles déconcertent toute tentative de leur attribuer un rôle référentiel, car les aspects multiples qu’elles prennent sont sous-tendus par un jeu esthétique allant à l’encontre du confort perceptif. » Ces « échelles» font office de véritables carrefours pour qui se serait égaré dans le continuum mouvant de cette brume bruissante. Dans le développement de l’esthétique de Xenakis, il s’agit là de l’une des étapes qui l’aura progressivement amené à l’ordinateur : « Nous avons une pensée statistique sans le savoir. Donc nous ne pouvons que simuler le hasard, et pour cela il faut être soit un fou, soit un enfant, soit passer par des calculs très compliqués.» La sixième phase de la pièce, en mettant de nouveau en lumière les glissandi joués cette fois à même le chevalet, va aboutir à un duo effréné entre le premier violon et l’alto. Les trois dernières parties héritent de cet état fiévreux et extraverti. Les polyrythmes se déchainent avant d’amorcer une grande descente de trémolos épileptiques qui, épuisés, s’évaporent au gré du vent.

Sources:
http://brahms.ircam.fr
Martin Kaltenecker, www.kairos-music.com
Peter Becker, www.neos-music.com
classical-music-online.net

 

Concert SMC Lausanne: