Grido - Quatuor à cordes no 3

2001, Helmut Lachenmann

En 2008, le Lion d’or de la Biennale de Venise fut décerné à Helmut Lachenmann pour l’ensemble de son œuvre. En guise de laudatio, le comité ajouta qu’il avait su, dans ses compositions, « rendre à la matière sonore une nouvelle virginité». Par virginité, il faut comprendre, la préoccupation sans cesse renouvelée, de se tenir loin de toute tradition irréfléchie, voire même de tenter de tenir en échec tout ce qui est susceptible de fausser la perception. Aujourd’hui, il serait légitime de se demander si la perception n’est pas une fausseté par essence, une proie des phénomènes... Mais ceci est un autre débat. Dans ses quatuors à cordes comme dans l’ensemble de sa musique,  Lachenmann « crée des situations susceptibles de changer la perception individuelle et propose en même temps, à partir du monde sonore possible, [...] une contre-représentation acoustique du monde».

Grido est formé par les initiales des prénoms des membres du Quatuor Arditti, les premiers interprètes de l’œuvre: Graeme Jennings (second violon), Rohan de Saram (violoncelle), Irvine Arditti (premier violon) et Dov Scheindlin (alto). Ce « cri» est donc avant tout un cri affectif et poli- tique qui souhaite se faire le chantre réenchanteur d’un quotidien anesthésié. Un quotidien de perception où « ce qui est familier doit à nouveau paraître étrange». Comme chez Xenakis, plusieurs modes de jeux — connus pour cer- tains et novateurs pour d’autres — sont questionnés, rompus, développés selon un angle insoupçonné. Le compositeur tisse un mystère de vérité pour nos perceptions.

Le quatuor s’ouvre sur une ligne chromatique ascendante lente et indécise. Il s’agit du sujet principal de l’œuvre. Elle nous amène bientôt à un accord de Do majeur qui rayonne parmi les brisures chromatiques en quarts de ton. La grande partie centrale fait office de développement. Plus nerveuse, elle est hantée par des vestiges mélodiques. Ceux-ci s’activent peu à peu pour se lancer finalement dans une violente course-poursuite de variations qui aboutit sur des gestes homorythmiques. La troisième et dernière partie, plus sereine, se fige finalement sur l’alto avant de s’épandre en nuées silencieuses.

 

Concert SMC Lausanne: