Quatuor à cordes no 1

1984, Beat Furrer

Beat Furrer commence l’apprentissage du piano au Conservatoire de Schaffhouse. En 1975, il part étudier la composition à Vienne avec Roman Haubenstock-Ramati. Dix ans plus tard, il fonde la Société de l’art acoustique qui deviendra ensuite le Klangforum Wien.

Il est profondément influencé par la musique jazz et la littérature. Toutefois, ce sont les arts plastiques qui l’inspirent le plus, et ce dès les premières œuvres. Le Quatuor à cordes no 1 n’y échappe pas. Certaines techniques d’écriture rappellent des procédés plastiques, notamment « la superposition de couches qui cernent progressivement un objet en revisitant une même structure ainsi que des effets de clairs-obscurs [...] La forme musicale procède le plus souvent par processus superposés, recouvrements ou dévoilements progressifs, filtrage ou distorsion de mécanismes ou de matières raffinées, parfois déchirés par des gestes emphatiques surgissant dans toute leur étrangeté ».

En exergue de la partition, nous pouvons lire un extrait de Nadja d’André Breton : « La beauté je la vois comme je t’ai vue. Comme j’ai vu ce qui, à l’heure dite et pour un temps dit, dont j’espère et de toute mon âme je crois qu’il se laissera redire, t’accordait à moi.» Il va sans nul doute que le rapport de Furrer à la beauté entretient une certaine proximité avec la conception bretonienne selon laquelle le geste artistique doit émerger « sans aucune affabulation romanesque ni déguisement du réel». Helmut Lachenmann n’aurait pas dit mieux.

Durant les deux premières parties de la pièce, une matière sonore indécise semble glisser hors du néant. Bien vite, elle devient un essaim luxuriant éventré çà et là de silence. Tout au long des quatre autres mouvements, le compositeur se plaît à jouer avec des éléments non fixés, laissés libres à l’intérieur d’un cadre. La pièce procède ainsi: des nuées surgissent telle la salamandre rougeâtre de l’alchimiste. Elles deviennent tour à tour violentes, lyriques, passionnées; insurrection d’une magie circonstancielle: l’amour, peut-être.

Concert SMC Lausanne: