Ars memoriae

2009, Xavier Dayer

Au seizième siècle, certains penseurs ont cherché des nouvelles techniques permettant de développer l’art de la mémoire. Ils prolongent ainsi les méthodes mnémotechniques pratiquées depuis l'Antiquité où l’on cherchait à mémoriser des longues listes d'éléments ordonnés en les associant au souvenir de lieux déjà connus. À la renaissance, on met au point des systèmes extrêmement élaborés et raffinés pour faire ces associations avec les signes du Zodiac, les planètes ou les étoiles. Ces approches sont entourées d’une aura de magie et intéressent hautement les souverains, les alchimistes et les érudits. L’idée de recourir à des images pouvant être trop plaisantes ou sacrilège inquiète aussi certains religieux…

Dans ma pièce « Ars memoriae », j’élabore une partition qui aimerait être une forme de représentation de notre mémoire et de la mnémotechnique de la renaissance, en voici la trame : un objet sonore initial et distinct est présenté au début de la pièce. Il est répété afin de le faire entendre sous différents angles avec ses différents attributs. Il se désagrège progressivement, dans la brume du temps. Par un jeu d’associations inspiré par certains tableaux organisant « l’ars memoriae » chez Giordano Bruno, il revient mais sous une apparence autre, comme si on cherchait à le retrouver à le faire remonter à la surface de la conscience. Des objets sonores nouveaux provenant d’autres origines que l’objet initial s’immiscent dans la pièce. Ils sont, dans mon esprit, une figuration musicale de l’incroyable complexité de notre conscience cherchant à se focaliser sur un souvenir déterminé, sur une unité alors que toutes formes de souvenirs désordonnés cohabitent. La pièce se termine sur une forme de dérive, l’objet sonore initial ne parvient plus à être reformé, il glisse vers le vide ou vers l’infini.
 
Xavier Dayer

Concert SMC Lausanne: