Alisma

Triple concerto pour violon, violoncelle, clarinette et orchestre
2020 - création suisse, William Blank

L'œuvre est une commande des Dresdner Musikfestspiele pour la commémoration liée au 250ème anniversaire de la naissance de Beethoven. Elle est dédiée à  Jan Vogler.
 
Lorsqu'on évoque la formation du triple concerto, le modèle beethovenien s'impose d'emblée. En effet, de Beethoven à nos jours, les compositeurs ont été assez peu nombreux à choisir la forme du triple concerto – si l'on excepte les œuvres de Casella, Malipiero, Martinu ou encore Tcherepnin. Sans doute l'imposant op.56 était-il destiné à rester quasiment unique en son genre. Pourtant, l'idée d'un trio avec orchestre est une magnifique opportunité de revitaliser une tradition concertante qui oppose presque systématiquement un seul soliste à un ensemble – même s'il existe évidemment des exceptions notables. L'idée de Beethoven en ce sens est claire: il s'agit avant tout d'un trio qui possède une complète autonomie et dont l'orchestre accentue simplement les élans, amplifie certains gestes et sert d'écrin aux parties plus individuelles qui émaillent le parcours, en renonçant par contre à faire dialoguer entre eux les solistes du trio et les solistes de l'orchestre.
 
En acceptant la commande qui m'a été faite par les Dresdner Musikfestspiele j'ai beaucoup réfléchi à la teneur de l'héritage laissé par Beethoven avant de me lancer dans la composition et j'ai tenté à mon tour de clarifier le projet.  Tout d'abord, j'ai choisi de ne pas utiliser le piano car le type de formation "violon, violoncelle et piano" (à l'inverse du quatuor à cordes par exemple) a presque totalement disparu des préoccupations compositionnelles dès l'aube du vingtième siècle. J'ai opté alors pour la clarinette (un triple concerto avec clarinette est à ma connaissance encore inexistant) car cette formation originale permet de placer l'héritage beethovénien sur un autre plan. Par contre, j'ai gardé l'idée de composer pour un trio également "autonome" même si la chose est plus ardue en l'absence du piano agissant comme instrument unificateur. Ensuite, le rôle de l'orchestre outrepasse bien évidemment le modèle classique, puisque la dimension du timbre est devenue par exemple tout à fait essentielle et que le trio n'est pas opposé systématiquement à l'orchestre, mais en fait intégralement partie, s'en détachant par endroits ou au contraire l'intégrant comme entité sonore singulière.  J'ai toutefois gardé les archétypes d'accentuation orchestrales ainsi que l'idée de moments créant des espaces acoustiques propices au déploiement des solistes pris individuellement – mais en les dialectisant précisément avec ce que Beethoven n'a pas voulu faire : en multipliant les épisodes où les solistes de l'orchestre jouent aussi un rôle premier. Les instruments à vent, le cor, la trompette, le piano et les percussions ont ainsi, brièvement, des parties exposées au sein de l'orchestre.
 
Alisma est le nom d'une plante hermaphrodite semi-aquatique dont les fleurs comportent trois pétales à dominante blanche et six étamines. Au plan formel, les longs développements (ou les récapitulations) sont  absents car l'œuvre se déploie en un seul mouvement. Le travail motivique est caractérisé par l'apparition régulière de courtes cellules se transformant de manière continue. Le concerto s'inspire donc de la morphologie de l'alisma et se compose  de 3 x 6 sections d'inégales longueurs (+ une coda en 3 sections) totalisant 369 mesures.
 
William Blank

Concert SMC Lausanne: