Asymptotic freedom II

pour six guitares électriques
2020-2021, Elena Rykova

Elena Rykova, Asymptotic freedom II pour six guitares électriques préparées (2020-2021)
…quand la composition devient si intense qu’elle en transcende les contraintes réelles.
Asymptotic freedom I & II sont nées de la rencontre entre Elena Rykova et les six guitaristes d’UFA Sextet, alors que ceux-ci étaient en résidence au Studio La Muse en Circuit à Paris. Cela remonte au début du mois de février 2020… Quelques jours plus tard, voilà les sept séparés par les mesures du confinement. Ainsi cette composition est devenue, par la force des choses, un rempart pour lutter contre la triste réalité d’une mise à distance forcée.
Pendant toute la phase de composition, Elena Rykova est restée en contact avec les six musiciens, leur envoyant des extraits de leurs parties, dont ils renvoyaient enregistrement et commentaires. Modifiant la partition en conséquence, elle leur transmettait une nouvelle version et recommençait cet échange. Cette correspondance d’essais sur essais est devenue, le temps du confinement, « l’espace métaphysique où ils se sont rencontrés ». Asymptotic freedom est donc le fruit de ces multiples allers-retours entre compositrice et musiciens.
Le contexte particulier dans lequel a été composé cette pièce explique son titre. Si, dans le domaine de la physique, la liberté asymptotique caractérise des comportements non prévisibles ou inattendus se produisant lors de situations extrêmes, il s’agit plus pour Elena Rykova de l’échappatoire qu’elle a trouvé face à une situation qui aurait dû la démotiver. Par l’adrénaline de la composition, a émergé une sorte de liberté complète, une sensation brusque de ne plus répondre à la gravité, d’être sorti de l’orbite de l’attractivité de la réalité. Dès lors, la conscience flotte dans un univers inopiné, insoupçonné, le refuge de l’expression artistique alors que l’extérieur est dardé de remparts.
Dans Asymptotic freedom II, la guitare est un laboratoire miniature formateur et extracteur de timbres : on attache des cordes ensemble ou l’on y enchevêtre un élastique en caoutchouc. Cartographiée par ses frettes, la touche de la guitare devient le lieu d’une préparation minutieuse de l’instrument, ce qui en altère les possibilités expressives. Les musiciens veilleront aussi à respecter un accordage spécifique à chaque guitare. Cette scordatura, réglée au quart de ton, démultiplie alors les sons des cordes à vide des six guitares. A partir de cette position de base, le champ des possibles est élargi et l’instabilité de certains matériaux utilisés dans les préparations vient augmenter encore la diversité des timbres résultants. S’ajoute à cela une dizaine de pédales de transposition, d’expression ou de volume qui transforment les harmoniques produites. Malgré toutes ces transformations, on saura reconnaître par moments des références à des techniques ou des styles typiques de guitare, que la compositrice voit passer au fil de la pièce tels des « fantômes ».
Texte de Christophe Bitar

Concert SMC Lausanne: