Oeuvres

...explosante-fixe... (1991-1993)

Pierre Boulez + Biographie

pour trois flûtes, ensemble et électronique

Pierre Boulez, …explosante-fixe… pour trois flûtes, ensemble et électronique (1991-93)
Si ce concert est un hommage, Guillaume Bourgogne rappelle volontiers que la pièce de Boulez s’inscrit également dans une démarche mémorielle. En 1972, un an après la mort d’Igor Stravinsky (1882-1971), la revue britannique Tempo demande au compositeur une contribution pour un numéro hommage. Il propose alors une sorte de pièce-matrice, à la mémoire de son confrère russe : Originel. Ce mouvement initial s’articule autour du mi bémol – Es en notation germanique, autrement dit l’initiale de Stravinsky –, avec six notes transitoires. La pièce porte alors l’épitaphe suivante : « Afin d’évoquer Igor Stravinsky, de conjurer son absence… » A partir de ce canevas, Boulez compose une première tentative avec halaphone (instrument électronique, ancêtre des live-electronics) afin de spatialiser son canon musical. Jugeant le résultat « trop théorique, trop complexe » vis-à-vis des moyens à disposition, il retira cette œuvre de son catalogue.  Il se remet à l’ouvrage au début des années 1990 à l’IRCAM, transforme fondamentalement la partie soliste et aboutit au concerto pour trois flûtes. Par la diffraction de la flûte principale par l’ornementation des deux autres, son amplification par l’orchestre et sa démultiplication par l’électronique, la pièce parvient à spatialiser une « toile sonore » qui transcende l’instrument soliste. Le dispositif électronique écoute la flûte et synchronise des transformations de rythme, hauteur et timbre en temps réel.
Le titre, emprunté à André Breton, éclaire sur le processus de l’œuvre. Le noyau musical initial (une tessiture fixe par instrument) explose à travers différents registres et parcours instrumentaux. Dans une vibration quasi-perpétuelle, une succession de brèves séquences s’enchaînent, sans motif aucun, dans un principe que Boulez décrivait d’« interruptions alternatives librement emprunté aux Symphonies d’instruments à vent [1920] » de Stravinsky, une pièce composée en son temps en hommage à Claude Debussy (1862-1918)Derrière cette forme de tombeau a priori académique, Boulez souhaite repenser la forme du canon, loin des codes académiques, avec une notion d’imitation à travers des circuits distincts.

Texte : Christophe Bitar
 

Concerts SMC Lausanne

Lundi 19 Janvier 2026 (Saison 2025-2026)
Ensemble contemporain de l'HEMU
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