Oeuvres

Cinemaolio (2013 / 2014)

Francesca Verunelli + Biographie

pour sextuor
création suisse

Francesca Verunelli, Cinemaolio pour sextuor (2013/2014)
« Il y avait aussi une promenade, et l’orgue, actionné par un moteur à vapeur et connecté à un petit manège, remplissait l’air d’une odeur piquante d’huile et d’une musique tout aussi piquante. » Extraites de L’Homme invisible (1897), ces phrases du romancier britannique H.G. Wells (1866-1946) sont au cœur de la composition de Francesca Verunelli. La citation décrit une scène de village, Iping en l’occurrence, en pleine fête de la Pentecôte, lors de laquelle l’homme invisible se manifestera entre les tentes, le thé, le manège et les jeux de massacre. Les automates à vapeur mentionnés seront remplacés une dizaine d’années plus tard par des salles de projection cinématographiques, qui restent, au même titre que les engins mécanisés, le théâtre d’illusions et de machineries invisibles. Mais leur contexte olfactif différait : l’automate initial nécessitait une énergie considérable, au point que sa mécanique était associée à l’odeur huilée de la machine qui le mettait en branle. 
Ici, le cinéma et l’huile (« Cinemaolio ») sont conjugués dans une même composition. On pourra en effet ressentir les mécaniques intrinsèques de l’œuvre ; elles ne sont pas cachées. Des structures rythmiques répétées, des gestes de l’écriture sont clairement audibles et font à cet égard office d’huile piquante, de carburant du moteur à essence de la pièce. A contrario, les instruments sont amenés à travestir leur son naturel pour s’approcher de celui de la voix humaine, notamment dans les passages plus lents et lyriques. La tension entre les artifices discrets – les rouages du moteur huilé – et les gestes fluides qui pourraient s’en échapper – l’illusion cinématographique – constitue le cœur de l’œuvre. Or le piano joue un rôle central dans l’alliage entre les différentes textures. L’enjeu compositionnel consiste en la « recherche inlassable du seuil » au-delà duquel la mécanique laisse place à l’artistique, c’est-à-dire lorsque le naïf artifice devient une véritable illusion.

Texte : Christophe Bitar

Concerts SMC Lausanne

Lundi 26 Janvier 2026 (Saison 2025-2026)
Ensemble Schallfeld
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